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Illustration éditoriale d'une traboule voûtée du Vieux-Lyon reliant deux cours de pierre

Le Journal · Guide du Vieux-Lyon

Traboules du Vieux-Lyon : passer à travers la ville Renaissance

Passages secrets qui traversent les immeubles de cour en cour, les traboules sont l'âme cachée du Vieux-Lyon. Voici ce qu'elles sont, d'où elles viennent, comment les repérer et les parcourir sans troubler ceux qui y vivent.

En bref

Une traboule est un passage couvert qui traverse un ou plusieurs immeubles pour relier deux rues à travers cours et allées privées. Le mot vient du latin trans-ambulare, « passer à travers ». Le Vieux-Lyon en compte plusieurs centaines, dont une quarantaine ouvertes au public, repérables à une petite plaque ronde ornée d'une tête de lion. Nées pour descendre chercher l'eau de la Saône, elles ont servi aux marchands, puis aux canuts de la soie et à la Résistance. On les visite gratuitement, à pied, en journée, à voix basse et en refermant les portes : ce sont des habitations. La plus célèbre, la Longue Traboule, relie le 54 rue Saint-Jean au 27 rue du Bœuf. Terminez la balade à table dans un bouchon du quartier, comme Aux Trois Maries, rue des Trois-Maries.

Ruelle pavée et piétonne du Vieux-Lyon bordée de terrasses de restaurants

Qu'est-ce qu'une traboule, au juste ?


La traboule est la curiosité la plus singulière du Vieux-Lyon, et pourtant la plus discrète : rien ne la signale depuis la rue, sinon une porte parfois entrouverte. Derrière ce seuil anodin se cache un passage couvert qui traverse un immeuble de part en part, enchaînant cours intérieures, allées voûtées et escaliers pour ressortir dans une autre rue, souvent parallèle. On entre dans un dédale privé, on ressort à l'autre bout du pâté de maisons.

Ce ne sont ni des tunnels ni de simples porches : la traboule relie véritablement deux voies publiques en empruntant l'espace privé des immeubles. Les plus longues franchissent plusieurs cours et plusieurs bâtiments d'affilée, ménageant des perspectives inattendues sur des puits de lumière, des galeries à l'italienne et des tours d'escalier Renaissance que la rue ne laisse jamais deviner.

Lyon est la ville des traboules par excellence — on en trouve aussi à la Croix-Rousse et sur les pentes — mais c'est dans le Vieux-Lyon, le plus vaste quartier Renaissance d'Europe classé à l'UNESCO, qu'elles sont les plus denses et les mieux conservées. Les parcourir, c'est lire la ville par l'intérieur, à hauteur d'habitant, loin du flot de la rue Saint-Jean.

D'où vient le mot « traboule » ?


Le mot sonne comme un secret lyonnais, et il en est un. « Traboule » dériverait du latin trans-ambulare, littéralement « marcher à travers ». De là serait né le verbe « trabouler », que les Lyonnais emploient encore aujourd'hui : trabouler, c'est couper à travers un immeuble pour rejoindre la rue voisine, un raccourci que seuls les initiés connaissent.

La langue conserve ainsi la mémoire d'un usage très concret. Avant d'être une curiosité touristique, la traboule était d'abord un outil du quotidien : un moyen de gagner du temps dans un tissu urbain dense, coincé entre la colline de Fourvière et la Saône, où les rues suivent le fleuve mais où l'on a sans cesse besoin de passer de l'une à l'autre.

On distingue d'ailleurs la traboule proprement dite, qui relie deux rues, de la « miraboule » — parfois appelée cour-traboule — qui débouche sur une cour intérieure sans ressortir de l'autre côté. Nuance de vocabulaire, mais nuance qui compte pour qui veut vraiment traverser le quartier plutôt que buter sur une impasse charmante.

Une histoire qui remonte au Moyen Âge


Les premières traboules seraient apparues dès le IVᵉ siècle, quand les habitants du bas de la colline eurent besoin d'un accès direct à la Saône pour puiser l'eau, la seule ressource disponible avant les canalisations. Descendre au fleuve par le plus court chemin, à travers les bâtiments plutôt qu'en contournant les îlots : la traboule est née de cette nécessité toute simple.

Au fil des siècles, et surtout à la Renaissance, le Vieux-Lyon s'est densifié à mesure que le commerce prospérait. Faute de place pour percer de nouvelles rues perpendiculaires au fleuve, les Lyonnais ont multiplié ces passages à l'intérieur du bâti. Les riches demeures de marchands, banquiers et imprimeurs — Lyon était alors une capitale européenne du livre et de la foire — s'organisaient autour de cours reliées entre elles.

Le résultat est un labyrinthe vertical et horizontal à la fois, où l'on grimpe par une tour d'escalier à vis, où l'on traverse une loggia, où l'on redescend par une allée voûtée. Ce patrimoine exceptionnel a bien failli disparaître au XXᵉ siècle ; c'est son classement à l'UNESCO en 1998, avec l'ensemble du secteur, qui a scellé sa protection.

Les traboules, les canuts et la soie


L'histoire des traboules est indissociable de celle de la soie, qui fit la fortune de Lyon. Si les ateliers des canuts se concentraient surtout sur les pentes de la Croix-Rousse, les passages y jouaient un rôle vital : ils permettaient de transporter les précieuses pièces d'étoffe des ateliers aux négociants à l'abri de la pluie, sans exposer la soie à l'humidité qui l'aurait abîmée.

Dans le Vieux-Lyon comme sur les pentes, les traboules formaient ainsi un réseau de circulation protégé, une véritable infrastructure marchande invisible depuis la rue. On y descendait les ballots, on y croisait les commis, on y abritait les livraisons : le passage couvert n'était pas pittoresque, il était utile, presque industriel à sa manière.

Cette mémoire ouvrière et marchande affleure encore quand on pousse une porte : l'usure des marches, la largeur calculée pour un homme chargé, la pente douce d'une allée. On raconte aussi que ces passages, connus des seuls Lyonnais, rendirent bien des services pendant la Seconde Guerre mondiale, offrant à la Résistance des itinéraires de fuite impossibles à suivre pour qui ne connaissait pas la ville par cœur.

Façade du restaurant Aux Trois Maries et sa marquise rouge, rue des Trois-Maries dans le Vieux-Lyon

Les traboules emblématiques à ne pas manquer


S'il ne fallait en retenir qu'une, ce serait la Longue Traboule : la plus célèbre du Vieux-Lyon, qui relie le 54 rue Saint-Jean au 27 rue du Bœuf en enchaînant quatre cours et quatre immeubles. On y perd le sens de l'orientation, on débouche à la lumière presque surpris d'avoir autant marché à couvert. C'est l'expérience la plus complète du traboulage.

Tout près, la cour de la Tour rose est un autre joyau : nichée rue du Bœuf, sa tour d'escalier Renaissance de couleur ocre rosé s'élève au fond d'une cour, hors du regard de la rue. Les amateurs pousseront aussi vers la place du Change et ses hôtels particuliers, ou vers les cours à galeries superposées qui ponctuent la rue Saint-Jean et la rue Juiverie.

Sur les pentes de la Croix-Rousse, la cour des Voraces et son escalier monumental à six étages complètent le tableau pour qui veut prolonger la découverte hors du Vieux-Lyon. Chacun de ces passages a son caractère : ici une voûte basse, là un puits de lumière, ailleurs une enfilade de cours — jamais deux traboules ne se ressemblent tout à fait.

Salle du bouchon Aux Trois Maries, table dressée sous un grand tableau, ambiance de vieille pierre

Comment reconnaître une traboule ouverte


La difficulté, quand on cherche à trabouler, c'est que rien ne ressemble plus à une porte d'immeuble qu'une porte de traboule. Le bon réflexe : chercher la petite plaque ronde en lave émaillée, ornée d'une tête de lion, apposée par la Ville de Lyon à l'entrée des passages ouverts au public. C'est le sésame officiel, discret mais fiable.

Une quarantaine de traboules sont ainsi accessibles dans le seul Vieux-Lyon, grâce à des conventions passées entre la Ville et les copropriétés : la municipalité entretient les passages et en garantit l'ouverture en journée, en échange de quoi les habitants tolèrent le passage des curieux. Un équilibre fragile, qui repose entièrement sur le respect des visiteurs.

En pratique, la porte est souvent lourde : il faut la pousser, parfois actionner un bouton ou un loquet, puis la refermer derrière soi. Les passages sont généralement ouverts de la fin de matinée au début de soirée. En dehors de ces horaires, ou si la plaque au lion manque, mieux vaut renoncer : on n'entre pas chez les gens sur un malentendu.

Un itinéraire pour trabouler sans se perdre


Pour une première découverte, le plus simple est de partir de la place Saint-Jean, au pied de la cathédrale, et de remonter la rue Saint-Jean, colonne vertébrale du quartier. C'est là que se concentrent les entrées de traboules les plus faciles à trouver, dont la Longue Traboule au numéro 54, qui vous fera ressortir rue du Bœuf sans que vous ayez vu venir la transition.

De la rue du Bœuf, poursuivez vers la place Neuve-Saint-Jean puis la rue Juiverie, plus au nord, dont les hôtels particuliers cachent quelques-unes des plus belles cours du secteur. En zigzaguant d'une rue à l'autre par les passages, vous couvrez l'essentiel du Vieux-Lyon Saint-Jean en une bonne heure et demie, sans jamais marcher deux fois dans la même ruelle.

Comptez large : le charme du traboulage tient précisément à la flânerie, aux arrêts dans les cours pour lever la tête vers les loggias, aux allers-retours quand un passage est fermé. Une visite guidée peut être précieuse pour un premier contact — les guides ont les clés de passages fermés au public et connaissent les anecdotes que les pierres ne racontent pas d'elles-mêmes.

Les règles d'or pour visiter les traboules


Les traboules ne sont pas des monuments : ce sont des immeubles habités, ouverts par la bienveillance de leurs occupants. Leur accès repose sur un pacte de respect. Trois règles simples suffisent à le préserver pour ceux qui viendront après vous.

Le silence avant tout

Parlez à voix basse, ne criez pas d'une cour à l'autre, évitez les groupes bruyants en soirée. Le son résonne dans les cages d'escalier : ce qui vous semble discret réveille peut-être un habitant deux étages plus haut.

Refermez, ne photographiez pas les fenêtres

Poussez la porte doucement et refermez-la derrière vous, pour la sécurité des lieux. Photographiez l'architecture, les cours, les escaliers — mais jamais les fenêtres ni l'intérieur des logements : ce sont des domiciles privés.

En journée, à pied, sans rien laisser

Visitez aux heures ouvrées, ne vous attardez pas le soir, n'entrez que par les portes marquées de la plaque au lion. Ne laissez aucun déchet : une traboule salie, c'est une porte qui, demain, restera close.

Faire une pause gourmande entre deux cours


Trabouler ouvre l'appétit, et le Vieux-Lyon est le berceau du bouchon : cette table conviviale où l'on reprend des forces sans façon, entre deux passages. Voici, sans quitter le quartier, trois moments gourmands à glisser dans votre parcours.

Une entrée lyonnaise
Une entrée lyonnaiseSalade lyonnaise à l'œuf poché, gratinée à l'oignon, cervelle de canut ou une belle burrata : de quoi ouvrir la pause sur des produits francs, après une matinée à parcourir les cours.
Un plat de tradition
Un plat de traditionQuenelle de brochet soufflée, saucisson brioché, mijoté de joue de bœuf confite : le cœur du répertoire lyonnais, généreux et réconfortant, pour un déjeuner qui tient au corps avant de repartir.
Un classique réconfortant
Un classique réconfortantLa gratinée lyonnaise et son fromage fondu, une soupe qui réchauffe après une flânerie sous la pluie : les signatures qui font l'âme d'un vrai bouchon du quartier.
Salle de restaurant lumineuse au parquet en chevrons, tables dressées en nappes blanches

Trabouler jusqu'à la rue des Trois-Maries


Au fil des passages, vous croiserez forcément la rue des Trois-Maries, discrète parallèle de la rue Saint-Jean. Elle doit son nom à une enseigne du 17ᵉ siècle honorant les trois Saintes de l'Évangile — Marie-Salomé, Marie-Jacobée et Marie-Madeleine — et compte parmi les plus paisibles du secteur, à deux pas seulement de la foule de la rue principale.

C'est là que veille Aux Trois Maries, l'un des plus anciens bouchons de la ville, installé là où se tenait autrefois « le café des primeurs », face au marché du quai de Saône. Après avoir traboulé de cour en cour, on ne trouve guère meilleure escale : la vieille pierre au-dehors, une nappe blanche au-dedans, et la cuisine lyonnaise pour récompense.

La rue elle-même mérite qu'on s'y arrête : loin du tumulte, elle donne une idée juste de ce qu'était la vie quotidienne dans le Vieux-Lyon d'avant le tourisme. S'y attabler, c'est prolonger la balade patrimoniale par l'assiette, dans la continuité d'un lieu qui traverse le temps comme les traboules traversent les immeubles.

Conseils pratiques pour votre visite


Rejoignez le Vieux-Lyon en métro, ligne D, station Vieux-Lyon : elle dépose au cœur du quartier, au pied de la cathédrale et à quelques pas des premières traboules. Le secteur étant piéton, laissez la voiture dans un parking couvert du quartier ou de la Presqu'île plutôt que de chercher une place introuvable le long des quais.

Prévoyez de bonnes chaussures : les pavés, les marches et les tours d'escalier mettent les mollets à l'épreuve, et certaines cours sont sombres et fraîches même l'été. Le matin en semaine, hors vacances scolaires, offre le meilleur compromis : les passages sont ouverts, le quartier est calme, et vous croisez plus de Lyonnais que de groupes.

Enfin, pensez à réserver votre table de midi, surtout le week-end : les bouchons du Vieux-Lyon se remplissent vite. Un appel suffit à sécuriser la pause qui clôturera votre parcours. Trabouler le matin, déjeuner rue des Trois-Maries, repartir explorer l'après-midi : c'est le rythme idéal pour goûter le quartier sans le presser.

Questions fréquentes

Les traboules du Vieux-Lyon : vos questions

Qu'est-ce qu'une traboule ?

Une traboule est un passage couvert qui traverse un ou plusieurs immeubles pour relier deux rues à travers cours, allées et escaliers privés. Le mot vient du latin trans-ambulare, « passer à travers ». Le Vieux-Lyon en compte plusieurs centaines, dont une quarantaine ouvertes au public.

Les traboules du Vieux-Lyon sont-elles gratuites ?

Oui, les traboules ouvertes au public sont gratuites et se visitent librement à pied, en journée. Elles restent des immeubles habités : l'accès repose sur le respect des occupants. Seules certaines visites guidées, qui ouvrent des passages privés, sont payantes.

Comment reconnaître une traboule ouverte au public ?

Repérez la petite plaque ronde en lave émaillée ornée d'une tête de lion, apposée par la Ville de Lyon à l'entrée des passages accessibles. La porte est souvent lourde : il faut la pousser, puis la refermer derrière soi. En l'absence de plaque, on n'entre pas.

Quelle est la traboule la plus célèbre du Vieux-Lyon ?

La Longue Traboule, qui relie le 54 rue Saint-Jean au 27 rue du Bœuf en traversant quatre cours et quatre immeubles. C'est la plus longue et la plus spectaculaire du quartier, idéale pour une première expérience de traboulage.

Combien de temps faut-il pour visiter les traboules ?

Comptez une bonne heure et demie pour un premier parcours entre la rue Saint-Jean, la rue du Bœuf et la rue Juiverie, davantage si vous flânez dans les cours. Le quartier se parcourt entièrement à pied, sans jamais refaire deux fois le même chemin.

Peut-on entrer dans les traboules à toute heure ?

Non : les passages sont généralement ouverts de la fin de matinée au début de soirée, pour préserver la tranquillité des habitants. Visitez en journée, à voix basse, sans vous attarder le soir, et refermez toujours les portes derrière vous.

Où manger après avoir visité les traboules ?

Dans un bouchon du quartier, pour goûter la cuisine lyonnaise sur place. Aux Trois Maries, au 1 rue des Trois-Maries, est l'une des plus anciennes tables du Vieux-Lyon, à quelques pas des traboules de la rue Saint-Jean.

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